Phenix : les déchets des uns font le bonheur des autres

Actualité-6_OK site_Crédit-Phenix_Déchets-pour-Une-du-site.jpg

Quelle est l’activité de votre entreprise, Phenix ?

La société existe depuis 2014. Nous sommes partis d’un constat de terrain : certains supermarchés donnaient déjà une partie de leurs invendus alimentaires à des associations. Mais les pratiques étaient bien souvent embryonnaires et reposaient sur la bonne volonté d’une ou deux personnes. Nous avons simplement professionnalisé, structuré et généralisé ces pratiques. Nous servons d’intermédiaire entre les supermarchés et différentes filières de valorisation, au premier rang desquelles les associations caritatives pour donner une deuxième vie aux invendus. La lutte contre le gaspillage alimentaire est notre cœur de métier. Nous travaillons avec les supermarchés, mais aussi les entreprises de l’événementiel, les industriels. Nous partons du principe que les déchets constituent une matière première pour d’autres gens. Les déchets des uns font le bonheur des autres, en somme.

Qu’appelle-t-on les invendus ?

Il s’agit principalement des invendus alimentaires. Les produits frais dont la date limite de consommation est proche : fruits et légumes, pâtisseries, fromage, produits laitiers ; les produits secs dont la date limite d’utilisation optimale est proche : les pâtes, le riz, les céréales ou les biscuits. En gros, c’est 80 % des invendus. Il y a aussi des produits non alimentaires comme les fins de série des jouets ou de vêtements par exemple, les fins de promotion des produits d’hygiène et, globalement, tout ce qui est saisonnier.

Une journée type de votre entreprise ?

Le matin, nous faisons le tour des supermarchés, nous rencontrons les associations locales et nous créons et supervisons des plannings de redistribution. Nous sommes en appui logistique et faisons de l’accompagnement, de la conduite de changement et de la formation dans les magasins. Nous avons également une plate-forme numérique pour connecter les supermarchés et les différents repreneurs et ainsi répondre au plus près des besoins, en direct. Si un chef de rayon s’apprête à déclasser des yaourts, il se connecte à la plate-forme, il propose ses yaourts et une association peut les réserver et passer les récupérer.

Quelle est la clé de la réussite ?

Clairement, le motif économique. Les magasins économisent en gestion des déchets, ils ont également un crédit d’impôt pour tout don en nature à des associations caritatives. Par exemple, s’ils donnent pour 10 000 euros de briques de lait à une association, ils récupèrent un crédit d’impôt de 6 000 euros. De notre côté, nous prenons un pourcentage sur les économies réalisées : tout le monde est gagnant. Le moment sociétal est aussi favorable et historique. On sent bien que les gens sont sensibles au sujet du gaspillage. Moi-même, venant de la finance, j’ai voulu changer de voie pour donner du sens à mes activités, qu’elles aient des retombées économiques, sociales et environnementales.

Quelles sont, à votre avis, les mesures qui permettraient le développement de cette filière ?

En premier lieu, il faut stabiliser le cadre fiscal. Le crédit d’impôt lié au don en nature est une disposition vertueuse et d’intérêt général qu’il est impératif de maintenir. Finalement peu de gens l’utilisent. Or, c’est un pilier de dispositif. Deuxième chose, augmenter le coût des déchets. Il y a encore des entreprises qui hésitent à donner leurs invendus et à s’engager dans l’économie circulaire parce que le coût de leurs déchets n’est pas assez dissuasif.

Crédit photo : Phenix